Courrir avec le Dieu Cornu

Publié le 3 Juillet 2015

Courrir avec le Dieu Cornu

" Les feuilles dansent sur le vent d'automne, un tourbillon... Stridente valse d'orange, de jaune et de brun. Je peux sentir la pluie à venir. Je me tiens dans la pénombre, attendant, écoutant mon cœur... Chaque instant où je m'attarde dans cet endroit je peux entendre plus clairement le battement du tambour de mes ancêtres dans mon sang. Un sentiment de calme descend sur moi. Le calme avant la tempête.

Il approche...

Les arbres se balancent dans la brise fraîche qui me murmure la venue de l'hiver, et le long sommeil durant lequel les arbres rêvent que le monde renaît chaque année. Je tends mes membres et me concentre sur ma respiration... Chaque expiration s'enroule depuis mes lèvres comme des volutes de fumée. Ma peau se réchauffe malgré le vent, et je me perds presque au rythme de ma respiration.

Il est presque là...

Le soleil se couche derrière les nuages gris acier, et l'obscurité remplit l'air. Je l'attends dans l'ombre, donnant sur un lac troublé par le vent froid. Mon souffle me pénètre avec la paix d'un danseur, et le feu à l'intérieur de mes os s'embrase dans une flamme qui ne saurait rester immobile. Oscillant dans le crépuscule rapidement assombrit, je ressens l'Appel.

Il est là.

Aucun bougie n'éclaire ce lieu. Aucun cercle ne marque l'espace. Aucun encens ne remplit l'air, ni aucun chant... Je demeure entourée d'arbres silencieux et du murmure du vent. Mon cœur est mon tambour, mon souffle est la fumée que j'offre. Avec un frisson, je sens la présence de celui que j'ai cherché. Je vois clair dans l'amoncellement des ombres, et la brume commence à tomber, les gouttes s'écoulent de mes cheveux et de ma barbe. Avec un grognement je frappe le sol, et le besoin de courir submerge ma conscience, alors que le poids familier des bois se pose sur mes épaules.

Nous courons dans le crépuscule.

Abandonnés au plaisir animal de l'intense effort, nous courons à travers les arbres, sur les rives d'un froid et sombre lac, sous la pluie. Nous sommes alors un seul être ; nous ne partageons pas de pensées, seulement des odeurs, des vues, des sentiments... et de la sueur. Courant dans l'obscurité, nous abandonnons tous deux les promesses du royaume du jour et embrassons la vérité latente en chacun de nous, au plus profond de nos cellules, de nos rêves, de nos âmes. Le temps d'un moment éternel, je sais le terrible bonheur de se sentir véritablement vivant... et puis je tombe.

Nous nous séparons...

Tout est calme... Il n'y a que le crépitement de la pluie sur mon dos pour me détourner du battement du tambour au sein de ma poitrine. Comme au réveil d'un rêve, ou peut-être une autre réalité, je deviens lentement conscient de mon corps, de mon entourage, et de la pluie sur mon visage. De la vapeur s'élève de ma peau nue. Je me lève de la mousse et de la boue, et je sens le poids familier de ma chair et de mon sang. Le vent me défait de ma chaleur et je me dresse, face au lac noir où la lune scintille en fendant nuages.

Il court toujours...

Nous avons couru un tour entier, et je suis de retour où j'ai commencé. Seulement tout est différent maintenant... J'ai changé. Je peux entendre son rire rauque dans la nuit, et quelque chose au fond de moi remue avec un profond désir d'aller courir dans la pénombre, encore une foi. "


(Par Jim Garrison, avec la contribution d'Auria ;
Traduction et adaptation par Gabryann Aedán-Myrddin)

Rédigé par Aedán Myrddin

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