Hymne omérique à Pan

Publié le 31 Mai 2015

Hymne omérique à Pan

"Chante-moi, Muse, le cher fils de Herméias, aux pieds de chèvre, aux deux cornes, ami du bruit, qui marche à travers les vallées boisées avec les Nymphes accoutumées aux danses, et qui foulent les sommets des hauts rochers, invoquant Pan, Dieu des bergers, à la splendide chevelure négligée, qui a reçu en partage les montagnes neigeuses, et les cîmes des monts, et les sentiers pierreux.

Il va, çà et là, parmi les halliers touffus, tantôt charmé par un cours d'eau tranquille ; ou bien il retourne aux rochers escarpés, et, gravissant la plus haute cîme, il regarde ses brebis.

Souvent, il parcourt les grandes montagnes couvertes de pierres blanches, et souvent il court le long des collines, tuant les bêtes fauves qu'il a vues de loin.

Quelquefois, seul, le soir, au retour de la chasse, il tire un doux chant de ses roseaux, et l'oiseau qui, dans le feuillage du printemps fleuri répandant sa plainte, fait entendre le chant le plus suave, ne l'emporterait pas sur lui.

Alors les harmonieuses Nymphes Orestiades, l'accompagnant en foule vers la source aux eaux profondes, chantent, et l'écho résonne au sommet du mont et dans la molle prairie où le safran et l'hyacinthe, fleuris et odorants, se mêlent à l'herbe. Et le Dieu, agitant les pieds, bondit çà et là dans le choeur, ayant sur le dos la peau sanglante d'un lynx, et charmant son âme de ces doux chants.

Et les Nymphes célèbrent les Dieux heureux, et le large Olympos, et le très bienveillant Hermès, qu'elles disent l'emporter sur tous les autres ; et comment il est le messager rapide de tous les Dieux, elles le disent aussi.

Et il vint dans l'Arkadia arrosée de sources, mère des brebis, là où est son bois sacré Kyllénien ; et, là, bien que Dieu, il paissait, comme un homme mortel, ses brebis aux laines frisées, car un tendre désir fleurissait en lui de s'unir d'amour avec la Nymphe aux beaux cheveux Dryops.

Et il accomplit cette union charmante, et la Nymphe enfanta dans ses demeures le cher fils de Hermès, prodigieux, aux pieds de chèvre, aux deux cornes, se réjouissant du bruit tumultueux et riant doucement. Et la nourrice s'enfuit en bondissant et laissa l'enfant, car elle eut peur, dès qu'elle vit sa face farouche et barbue.

Mais, aussitôt, le très bienveillant Hermès le prit dans ses mains, et le Dieu se réjouissait beaucoup dans son âme. Et il se rendit promptement aux demeures des Immortels, ayant enveloppé l'enfant dans la fourrure épaisse d'un lièvre montagnard.

Et il s'assit auprès de Zeus et des autres Immortels, et il leur montra son fils. Et tous les Immortels se réjouirent dans leur coeur, et Bakkhos Dionysos fut surtout charmé. Et ils le nommèrent Pan, parce qu'il les avait tous charmés.

Et je te salue ainsi, ô Roi ! Et je te prie par ce chant. Et je me souviendrai de toi et des autres chants."

Source : Hymnes Omériques, Traduction de Leconte de Lisle (1868)

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